• Témoignage d'une expérience Freinet en tant qu'élève

           A l’occasion du 53ème Congrès international de l’Institut coopératif de l’Ecole moderne (ICEM) - Pédagogie Freinet, qui se tient à Grenoble (Isère), Pierre Le Blavec, professeur et historien des sciences de l’éducation, témoigne de son expérience de jeunesse par la « technique Freinet », à Metz (Moselle).

    Quoi que de plus émouvant que de rendre un hommage sincère - sous forme de profond remerciements pédagogiques et humanistes - à son ancien maître d’école, M. Deutsch, de l’école élémentaire Sainte-Thérèse à Metz.

    Quarantenaire, mon instituteur était adepte de la « technique Freinet ». Par l’apparence d’abord : blouse grise, tel un « Hussard noir de la République » (Charles Péguy), barbe rousse remarquablement bien taillée, voix bienveillante, fortes capacités d’écoute et nécessaire autorité naturelle pour bien se faire respecter par sa trentaine d’élèves, dont sa propre fille, Virginie.

    Enseignant expérimenté, respecté et reconnu, il travaillait en partenariat avec les stagiaires de l’Ecole normale primaire du Rectorat de l’Académie de Lorraine, qui assistaient périodiquement à nos cours.

    Dès la première leçon, il nous appris à nous présenter - un à un, en plaçant systématiquement notre prénom (étymologiquement « prænomen ») devant notre patronyme -, pour prendre confiance en nous et nous exprimer, en groupe … en expliquant et décrivant - avec nos propres mots - le lieu où nous avions passées - ou pas - nos vacances d’été, en le localisant timidement, avec une punaise dorée, sur la carte de France.

    Les quatre murs de la salle de classe étaient couverts de reproductions de peintures célèbres que nous devions rechercher, pas à pas, puis découvrir, seuls ou en petits groupes. Les photocopieuses étant rares à l’époque, la salle était périodiquement embaumée par l’odeur de l’alcool de la reprographie à manivelle, pour imprimer le « journal de classe », réalisé collectivement. Les exercices de calcul mental avec l’ardoise, la craie et le chiffon. Les boites de fiches pour enrichir nos connaissances. La possibilité de dessiner individuellement - ou a deux -, lorsque nous avions terminé notre travail ou nos exercices.

    Pour développer notre curiosité artistique, nous assistâmes à un concert philarmonique en étudiant, au préalable, l’ensemble des instruments de musique et en nous découvrant, à l’oreille, mouvement par mouvement, le conte musical Pierre et le Loup de Sergueï Prokofiev (1891-1953). Avec un simple magnétophone à double bandes et des images stylisées aimantées au tableau noir, il nous a initié à la langue allemande : première leçon « Die Brücke bricht ».

    Parlant de la ruralité et des cycles des saisons à des élèves citadins, il nous expliqua qu’avant, on fauchait les champs manuellement. Personne ne compris … Pratique et efficace, il nous mimait - dès la semaine suivante, en classe et en toute sécurité - , les gestes agricoles ancestraux avec la propre faux de son père et élimait le tranchant devant nous - ébahis - avec une simple pierre à aiguiser … Cinq ans plus tard, j’avais plaisir à effectuer les mêmes gestes avec mon propre père, dans notre maison de campagne, et lui montrer - à son grand étonnement - que j’étais « grand » et que je « savais déjà ».

    A la grande inquiétude de nos parents, nous partîmes - une semaine - en « classe verte » aux Gouttridos, près de Gérardmer (Vosges). Grâce à lui, je découvris l’épinette (instrument de musique local), la différence entre un sapin et un épicéa (ce qui me permis d’épater, des années plus tard, un haut fonctionnaire de l’Institut national de la Recherche agronomique, INRA, qui essayait de me « coller ») …

    Adolescent, je découvrais, quelques années plus tard, une toute autre pédagogie, fondée sur l’effort intellectuel et physique, la discipline … et la vie en internat au pluri-centenaire Prytanée national militaire de La Flèche.

    Merci M. Deutsch ! Dans la droite lignée de Jean Macé (1815-1896), Célestin Freinet (1896-1966) et son épouse Elise (1898-1983), vous avez été un excellent pédagogue, un remarquable « passeur » de connaissances et de compétences, vous m’avez transmis les « fondamentaux » d’enseigné - puis d’enseignant - et permis de construire durablement mes « fondations » d’adulte, sur des repères simples, solides et efficaces.

    Par le témoignage et le récit, nous luttons malicieusement contre le temps qui passe …

    Cher(e)s congressistes, ne serait-il pas judicieux de profiter de notre dernier jour, tous ensemble, jeudi 25 août, pour faire témoigner oralement nos « Anciens » - présents parmi nous - et qui ont connu - et pratiqué -, la « technique Freinet » pendant la difficile période de l’Occupation alors même que son initiateur était injustement interné au camp de Chabanet à Vichy ?

     

    Pierre Le Blavec

    Professeur - Historien des Sciences de l’éducation

    CIRC Training Method ©

    p.leblavec@noos.fr 

     

    Sources bibliographiques

    FREINET, Célestin (1964), Les techniques Freinet de l’Ecole moderne, Carnets de pédagogie pratique, n°326, Librairie Armand Colin, collection Bourrelier, 144 p.

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