• Proposition de Charte du Secteur International-FIMEM

    Vers une charte pour le secteur International-FIMEM de l' ICEM

     

    La situation.

         Il n'existe plus de secteur international correspondant véritablement à la définition d'un secteur1 depuis une quinzaine d'années, ce qui ne signifie pas que des membres de notre mouvement ne soient pas investis dans des actions à caractère international, impliquant plus ou moins directement l'ICEM. Nous sommes obligés de constater que seul un secteur pourrait donner davantage de lisibilité et surtout de cohérence à toutes ces actions. Cela permettrait par exemple à la responsable actuelle de l'international de ne pas se trouver dans l'embarras lorsqu'elle est interrogée pour répondre à une demande d'information, ou au CA de l'ICEM de ne pas se trouver sollicité directement pour soutenir des actions auxquelles il n'a pas été préalablement associé.

          Cette difficulté à se rassembler en secteur, que l'on retrouve dans toute l'histoire de notre mouvement, trouve probablement son explication dans la disparité-même des liens que nous pouvons avoir avec des mouvements ou des personnes d'autres pays.
          Mais il est un autre aspect que nous sommes contraints d'aborder même s'il peut fâcher. Le regard que portent les étrangers sur les Français sortis de leurs frontières.
    «
    Quand ils débarquent ils sont en pays conquis ! » « C'est toujours mieux chez eux ! » « Ils n'ont aucun respect des personnes lorsqu'ils nous photographient dans la rue ou dans notre intimité ! » « Ils n'ont pas changé leur regard et leur comportement lorsqu'ils pénètrent dans leurs anciennes colonies ! » « La France est restée impérialiste ! »

    Des comportements...


           C'est là le premier point sur lequel nous devons nous entendre, qui avait déjà été évoqué dans la charte du secteur International en 1998, dans un chapitre intitulé «
    attitude de formation ou d'échanges ». Il était rappelé que lorsqu'on est en rapport avec un pays étranger on n'est pas l'élu qui va lui apporter le savoir ou la civilisation. La première chose est d'écouter, de comprendre les traditions et habitudes des habitants de ce pays pour pouvoir dialoguer avec eux à égalité.
           Si nous partageons avec nos correspondants ou stagiaires les mêmes valeurs (référence aux chartes de l'ICEM et de la FIMEM, respect des droits de l'enfant, la conception de notre rôle d'éducateur...) nous devrons vite réaliser que leur milieu local n'est pas le même que le nôtre, et que, plutôt que de vouloir formater les gens qui l'habitent, nous pouvons simplement les aider en leur apportant un autre regard sur leur propre mode d'éducation, un regard qui leur permette de l'améliorer à leur convenance. Cette modestie respectée, nous nous rendrons compte que ces étrangers peuvent aussi nous faire bénéficier de leur regard sur nos pratiques. N'arrivons pas, si nous participons à des formations, avec nos stages et conférences clé en main, avec nos représentations d'une pédagogie Freinet universelle.

     

    Des formes d'actions ou de relations que nous pouvons recenser.

    • La correspondance est la situation la plus fréquente.
      A l'occasion d'une RIDEF ou d'une rencontre fortuite on se lance dans la correspondance scolaire avec un enseignant ou une enseignante avec qui on a sympathisé. Les classes avec lesquelles on correspond peuvent ou non avoir adopté la méthode naturelle. Cela ne concerne donc pas forcément l'ICEM. Les  problèmes commencent lorsque l'enseignant européen, organisant un voyage en Afrique avec ses élèves, en profite pour animer un stage, sans prévenir le mouvement Freinet local. Alors non seulement il engage l'ICEM, mais également la FIMEM, laquelle sera en droit de
      nous demander des comptes.

    • Des actions de formation ICEM ou FIMEM.
      Ces formations là, au contraire, sont organisées par le mouvement d'un pays de la FIMEM. L'intervention est organisée dans un pays affilié à la fédération, à sa demande. Les animateurs sont désignés par leur mouvement, ou forment une équipe internationale, alors validée par la FIMEM, laquelle, dans tous les cas, est informée par son CA lors de la publication de l'INFOR*. Des interventions se font également dans les mêmes conditions dans des pays dans lesquels des enseignants souhaitent se former à la pédagogie Freinet. Sont concernées, lorsqu'elles existent, les coordinations ou réseaux continentaux comme la CAMEM pour l'Afrique et la Red americana en Amérique.

    • Des actions de formations dans le cadre d'ONG extérieures au mouvement Freinet international.
      Elles concernent celles et ceux qui adhèrent à une ONG finançant une action de construction d'écoles ou de formations d'enseignants. Sont concernés généralement des pays africains, la Palestine, le Népal et parfois par le passé, l'Amérique centrale. La situation est ambiguë dans la mesure ou les ONG concernées n'ont pas un projet défini d'emblée comme Freinet. Globalement nous avons constaté deux situations différentes. 
      Lorsqu'il s'agit de construire une école, une crèche, de former des enseignants à leur métier, les militants de nos mouvements impliqués ne peuvent pas assurer des formations étiquetée Freinet. Ni l'ICEM, ni la FIMEM ne sont engagées, même si les formateurs s'appuient sur nos valeurs communes, au risque de se trouver en porte à faux par rapport aux ONG qui financent. 
      Au contraire, nous avons pu constater que certaines ONG désignent des équipes cohérentes. Les formations assurées peuvent alors se définir clairement comme des initiations à la pédagogie Freinet. Lorsqu'il existe dans le pays un Mouvement de l’École Moderne il doit être sinon associés
      2, pour le moins informé des actions menées, ne serait-ce que pour permettre aux stagiaires d'adhérer à ce mouvement s'ils le souhaitent par la suite. Quant aux formateurs ils ont les mêmes devoirs par rapport au mouvement qu'ils représentent : en fonction du type d'action, l'associer ou au minimum l'informer. 

    • Des actions de formation dans le cadre d'universités.
      Nous sommes dans une situation proche de celle évoquée précédemment et dans les mêmes conditions ICEM et FIMEM ne peuvent assumer des projets auxquels ils n'ont pas été associés. Les universités, autonomes dans leurs choix et financements, offrent à leurs enseignants la possibilité de faire des formations dans le monde ce que nos mouvements ne sont pas en capacité de financer. Nous ne pouvons qu'en approuver le principe. Comme pour les ONG dans le cadre desquelles nous pouvons être amenés à intervenir dans un pays étranger, nous devrons distinguer les actions non définies au départ comme portant nos valeurs, de celles pour lesquelles pourra être discuté un contrat – au moins tacite –, entre les responsables du projet universitaire et les représentants de l'ICEM membres du secteur International-FIMEM. Dans  ces dernières conditions, les logos ICEM et FIMEM devront être apposés sur tout document présentant stages, formations ou colloques émanant de l'université organisatrice. Dans ces dernières conditions, tout émolument versé, hors défraiement, aux animateurs sera reversé à l 'association au nom de laquelle ils interviennent, qui donc justifie leur intervention.

    • Actions transfrontalières impliquant deux mouvements Freinet différents.
      On connaît des enseignants ou éducateurs qui préfèrent appartenir à un GD qui ne correspond pas à leur adresse, de manière ponctuelle ou régulière, pour des raisons d'affinités, de travail engagé ou parce que les lieux des rencontres leur sont géographiquement trop éloignés. De la même manière des frontaliers ont pu – certains le font encore - travailler avec leurs voisins belges, allemands, suisses, italiens ou espagnols. L'adhésion à deux Mouvements différents de l’École Moderne n'a jamais été prohibée tant que la personne concernée affirme son choix lors des votes au sein de l'AG de la FIMEM. Les militants dans cette situation respectent structures, charte et fonctionnement des mouvements auxquels ils adhèrent.

     

    Structure et fonctionnement d'un secteur International – FIMEM.

    • Partager nos informations.
      Et pour cela tenter de recenser les personnes qui d'une manière ou d'une autre sont concernées par l'international. Si nous ne pouvons exiger de tout enseignant engagé dans une correspondance internationale d'appartenir au secteur que nous mettons en place, l'ICEM, en revanche est en droit de savoir ce qui se fait en son nom. L'ouverture du nouveau secteur commencera donc par un recensement.

    • Des correspondants du secteur International - FIMEM.
      Afin de préserver un maximum de souplesse, en relation avec la volonté partagée d'évoluer vers une structure fédérale pour l'ICEM, on peut imaginer deux types de correspondants.
      Correspondants de groupes de travail (cela peut inclure départements ou régions, secteurs et chantiers) engagés dans des actions internationales dans le respect des modalités ci-dessus présentées.Correspondants engagés directement dans une action collective, que cette action concerne une ville, un pays, ou un continent si nécessaire, situation fréquente lors des préparations d'exposition thématiques ou d'ateliers conduits au sein des RIDEF. Sont concernées également les personnes pouvant avoir un lien avec un mouvement de l’École Moderne différent du sien, sans pour autant participer à une quelconque action de formation.
      Le secteur International–FIMEM, tout comme l'ICEM peuvent s'appuyer sur ces personnes pour faire un point sur les actions effectuées dans la zone qui leur a été attribuée, ou dans le cadre de leur groupe de travail. Le nom de ces correspondants sera publié dans les bulletins du secteur ou dans l'espace interne qui lui sera assigné dans coop'icem
      3, de manière à ce que tous ceux qui cherchent un renseignement puissent trouver un interlocuteur.

    • Un secteur constitué avec ses obligations.
      Comme tout secteur, le secteur International–FIMEM est un groupe de travail qui, dans le respect des valeurs partagées au sein de l'ICEM, bénéficie de son autonomie quant à son mode de fonctionnement et ses choix. Il dispose d'un budget conciliant ses besoins réels et les possibilités d'un mouvement de moins en moins subventionné par l'État français. Dans la mesure du possible il participe aux publications de l'ICEM.  Il fournit en fin d'année un rapport et un bilan financier qui font état de réunions collectives de travail témoignant d'un fonctionnement démocratique interne. Faute d'un secteur Solidarités, le secteur International–FIMEM sera chargé des recherches de subventions (Subventions européennes, d'Associations, de départements ou régions) lui permettant d'organiser des rencontres (congrès ICEM, RIDEF,...) et d'y faire venir des représentants de mouvements étrangers aux revenus plus modestes que les nôtres.
      Toutes actions, tout financement impliquant l'ICEM, seront discutés par l'assemblée des membres actifs du secteur, si possible lors des réunions statutaires qui se tiennent dans les congrès, les JE et la fédération de stages, ou à défaut sur la liste de diffusion du secteur.

    • Dans un premier temps, au moins, il nous paraît indispensable de former un groupe de travail réduit, impliquant des représentants du CA, composé de personnes ayant l'expérience des RIDEF, et donc reconnues dans la FIMEM, qui soit chargé de la mise en place du Secteur International-FIMEM. C'est le rôle de la commission International-FIMEM. 
      Un lien devra perdurer avec le CA car les actions internationales engagent le plus souvent l' ICEM, qu'on le veuille ou non. Le CA par l'intermédiaire de quelques uns de ses membres devra donc se tenir informé des activités du secteur International-FIMEM.

    • A quelles demandes de formation pouvons-nous ou non répondre ?
      En aucun cas les formateurs ne peuvent délivrer de diplôme ayant valeur de label « Freinet » ou de label « pédagogie Freinet ». Ce qui signifie que toute personne ayant participé à un des stages organisés par l'ICEM, ou la FIMEM, ne peut se considérer autorisée à délivrer à son tour un quelconque label à quiconque aurait participé à des formations qu'elle aurait elle-même animées dans sa région ou son pays. Seule une attestation de présence peut être délivrée. 
      Lorsqu'une demande de formation émane d'enseignants de l'enseignement privé, nous ne pouvons oublier que nous nous revendiquons de l'éducation populaire, ce qui devrait nous interdire de participer à une éducation qui s'appuie sur le profit ou l'exclusion, qu'elle soit économique, sexiste, raciale ou de toute différence.

    Proposition de Charte du Secteur International-FIMEM

    Rapport entre le secteur International–FIMEM et la FIMEM.
    Nous avons en mémoire les conflits larvés que nous avons vécus par le passé, entre le secteur International et la FIMEM et il est temps d'y mettre fin. L'ICEM appartient à la Fédération Internationale des Mouvements d’École Moderne. Cela implique que tout ce que nous faisons au nom de l’École Moderne hors de nos frontières concerne la FIMEM. Cela signifie concrètement que nous devons l'informer, mais aussi que nous avons le devoir de respecter les mouvements qui adhèrent à cette fédération. Cela signifie, en particulier, que lorsque nous recherchons des correspondants étrangers pour nos classes, nous devrions commencer par nous adresser à la Fédération. Et pour que cela puisse fonctionner il faut que tout adhérent de l'ICEM national comme de n'importe quel groupe de travail, soit informé que la FIMEM existe, ne serait-ce qu'en plaçant son logo sur le site de l'ICEM, avec lien vers celui de la fédération.
    Respectons également le choix de certains mouvements, aux budgets réduits en particulier, qui ont choisi de se regrouper au sein de fédérations continentales, tout en adhérant à la FIMEM. La CAMEM est une organisation démocratique réunissant les mouvements africains de l’École Moderne. C'est à elle que nous devons nous adresser en priorité lorsque nous voulons inviter des Africains dans nos rencontres
    4. La Red America est par contre un réseau qui regroupe les écoles alternatives, sans responsabilités spécifiques, actuellement sans structure apte à désigner des représentants5
    S'il n'est pas pensable d'imposer à tous les membres du secteur de participer aux RIDEF, on peut au moins les inciter à le faire parce que ce sont des moments d'ouverture et de rencontres très riches qui permettent, de plus, de découvrir de nouveaux pays.
    Ayons tous conscience de plus que la pédagogie Freinet n'est pas notre exclusivité de Français. Certains en Belgique, en Italie, en Suisse, en Espagne... dans une partie de l'Europe, mais aussi dans nombre de pays du monde, en Afrique, en Amérique du sud, la pratiquaient déjà avant notre naissance, ce qui rend nombre de mouvements de l’École Moderne parfaitement légitimes à organiser eux-mêmes, avec ou sans nous, des formations. 
    Enfin, la FIMEM ne se réduit pas à des RIDEF. Cette association internationale nous offre la possibilité de travailler avec d'autres éducateurs et enseignants partageant avec nous les mêmes valeurs pédagogiques et politiques. Nous pourrions davantage partager nos publications. Nous subissons la même mondialisation, souvent les mêmes pseudo-réformes en restant enfermés dans nos frontières quand nous pourrions nous informer mutuellement et conjuguer nos résistances et nos engagements. 
    Références utilisées : la charte fournie par Denise concernant le Burkina Faso, la charte du secteur international de 1998, nos discussions internes lors de la réunion de Paris du 9 décembre et des échanges de courriels qui ont suivi. Ici réécriture de la proposition de 2016.

    Proposition de Charte du Secteur International-FIMEM

    Par respect envers la volonté de Freinet, nul n'est autorisé à délivrer de label de pédagogie Freinet.

    1 Des réunions de travail de membres inscrits, des rapports d'activité, voire des publications de secteur, une organisation interne coopérative.

    2 Ce  n'est pas toujours possible.

    3 Espace interne adhérents.

    4 Nous faisons la différence entre offrir soi-même voyage et hébergement à des amis, ce qui n'engage ni l'ICEM, ni la CAMEM ni la FIMEM, et faire subventionner un enseignant avec qui on a sympathisé, sans se préoccuper de ce qu'il représente.

     

     

    5 Lorsqu'on s'adresse à la Red, seuls répondent les correspondants du pays concerné.

    * INFOR : Lettre d'information électronique accessible sur le site https://www.fimem-freinet.org

    Les clowns »
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